Cannabis Médicinal en Espagne : Le Décret Royal qui Change l'Histoire
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Le 7 octobre 2025, l'Espagne a marqué une étape historique avec l'approbation du Décret Royal 903/2025, qui régule pour la première fois l'usage du cannabis médical dans le pays. Cette réglementation, longtemps attendue par les patients et les professionnels de santé, ouvre la porte au traitement par cannabinoïdes sous stricte supervision médicale et hospitalière.
Qu'est-ce qui change exactement avec le nouveau cadre légal ?
Le décret royal établit un système hospitalier exclusif pour la prescription et la dispensation de cannabis médical. Les préparations standardisées de THC et de CBD ne pourront être élaborées que dans les pharmacies hospitalières, garantissant la qualité maximale et la traçabilité de chaque produit.
La prescription sera réservée aux médecins spécialistes dans des pathologies spécifiques, lorsque les traitements conventionnels n'auront pas été efficaces. Les indications initiales incluent l'épilepsie réfractaire, la sclérose en plaques, la douleur chronique réfractaire et les nausées provoquées par la chimiothérapie, bien que la liste puisse s'élargir au fur et à mesure des avancées scientifiques.
Le modèle hospitalier : garantie de sécurité
Contrairement à d'autres pays européens, l'Espagne a opté pour un modèle restrictif et contrôlé. Les patients ne pourront pas acquérir de cannabis médical en pharmacies communautaires, mais uniquement par le biais des services de pharmacie hospitalière. Cette approche vise à garantir un suivi pharmacothérapeutique rigoureux et une évaluation continue de l'efficacité du traitement.
L'Agence espagnole des médicaments et des produits de santé (AEMPS) publiera dans un délai de trois mois les monographies officielles qui spécifieront les dosages, compositions et conditions exactes d'utilisation. De plus, un registre public sera créé où devront être inscrits tous les préparations standardisées utilisées.
Perspectives économiques et avis du secteur
Bien que le secteur célèbre cette avancée, les entreprises productrices considèrent que la réglementation est insuffisante. L'Asociación Empresarial del Cannabis Medicinal de España (AECAME) souligne que l'exclusion de la fleur et les restrictions initiales laissent "hors jeu 90 % du tissu productif national".
Cependant, des entrepreneurs comme Borja Iribarne de ProfesorCBD soulignent qu'une réglementation plus large pourrait générer jusqu'à 20 000 emplois et 500 millions d'euros en impôts. À moyen terme, le secteur estime que le marché intérieur pourrait atteindre entre 250 et 400 millions d'euros annuels.
L'exemple allemand comme référence
Le Real Decreto espagnol contraste avec le modèle allemand, qui depuis avril 2024 permet la dispensation en pharmacies communautaires et a connu une croissance exponentielle. L'Allemagne a importé 37 tonnes rien que lors du premier trimestre 2025, devenant la principale destination des exportations espagnoles.
L'Espagne a notifié une production de 51,3 tonnes en 2024, avec 100 % destiné à l'exportation. Ce paradoxe montre que, tandis que le pays se consolide comme l'un des sept plus grands producteurs mondiaux, son marché intérieur commence à peine à se développer.
Que signifie cela pour les patients ?
Pour des milliers de personnes souffrant de pathologies chroniques sans réponse aux traitements conventionnels, le Real Decreto représente un espoir réel. L'accès légal et supervisé au cannabis médical élimine l'incertitude juridique et garantit des produits de qualité pharmaceutique avec des compositions vérifiées.
Cependant, le modèle hospitalier implique que seuls ceux qui remplissent des critères cliniques stricts et obtiennent une prescription spécialisée pourront accéder au traitement. La dispensation non présentielle ne sera autorisée qu'en cas exceptionnel de vulnérabilité du patient ou de barrières géographiques.
Le Real Decreto 903/2025 marque le début d'une nouvelle ère pour le cannabis médical en Espagne, bien que le chemin vers une réglementation plus large et accessible reste long. L'expérience d'autres pays européens et l'évolution des preuves scientifiques détermineront les prochaines étapes de cette transformation sanitaire.